Etablissement - Jean Mermoz

" Ce sont les échecs les mieux surmontés qui donnent le droit de réussir "

Devise de l'établissement, ces mots de Jean Mermoz nous sont devenus familiers.

On en saisit la sagesse éducative mais nos esprits curieux ont aussi envie d’interroger l’histoire. Que fut cette vie dont les mots cités laissent imaginer un parcours semé d’embûches autant que d’exploits ?

 


Le premier échec décisif de notre héros ne saurait être divulgué à nos élèves : c’est en effet après avoir raté l’oral du baccalauréat que Jean Mermoz eut l’idée de s’engager dans l’armée en 1919, dans l’aviation en particulier. Sa jeunesse avait pourtant été animée d’une passion pour la poésie et sa mère avait rêvé pour lui d’une préparation à l’Ecole Centrale. Mais il est écrit que les grands destins se plaisent parfois à déjouer de sages projets d’orientation.


Loin de révéler avec fulgurance un talent inné, le futur grand aviateur échoua à deux reprises au brevet de pilote qu’il obtint finalement en 1921.


En 1924, Jean Mermoz quittait l’armée. Il dut connaître quelques mois d’existence misérable avant de connaître une étape décisive, celle d’un emploi au service des « Lignes Aériennes Latécoère » devenue quelques années plus tard « Compagnie Générale Aéropostale ». Lors de son premier essai, Mermoz enchaîna les figures aériennes mais on lui signifia que la compagnie avait besoin de pilotes et non d’acrobates. C’est en tant que mécanicien qu’il commença modestement puis fut rapidement affecté en qualité de pilote sur la ligne Toulouse-Barcelone. Franchir la ligne des Pyrénées était déjà un véritable défi : il fallait affronter les tempêtes de neige, les brumes et les déluges fréquents.

 

De 1925 à 1927, Mermoz fut amené à pousser davantage vers le Sud les liaisons aéropostales : le sud de l’Espagne (Malaga), l’Afrique du Nord (Rabat) puis l’Afrique subsaharienne (Dakar). 

Avec l’allongement des distances, les risques augmentaient considérablement car les pannes étaient récurrentes (un moteur sur deux cassait au bout de 400 kilomètres). Entre Casablanca et Dakar, notre pilote dut atterrir au milieu du désert avec son mécaniciens et fut capturé par les Maures avant d’être libéré contre rançon.

 


A partir de 1927, il fallut répondre aux nouvelles ambitions de la « Compagnie aéropostale » : mettre en place une liaison entièrement aérienne entre l’Europe, l’Afrique et l’Amérique du Sud. Après avoir réussi un vol sans escale de Toulouse à Saint-Louis du Sénégal, Mermoz se rendit en Amérique du Sud pour ouvrir une communication postale entre Buenos Aires et Rio de Janeiro. Il fallut recourir alors à des vols de nuit dans des conditions impossibles. Mermoz se faisait un nom Outre-Atlantique. Le grand défi fut de joindre le versant occidental de l’Amérique du Sud en survolant les Andes.

Mermoz et l’un de ses compagnons d’aventure le relevèrent au péril de leur vie : l’avion fut rabattu contre la montagne par des vents violents et il fallut quatre jours de rafistolage ainsi qu’un décollage périlleux pour enfin gagner Santiago du Chili.

 

 
En 1930, Mermoz relia d’un trait Saint-Louis à Natal (extrémité est du Brésil) au terme d’un vol de 21 heures sur un hydravion baptisé le « Comte de la Vaulx ». Il prouva ainsi que le courrier pouvait être transporté d’un continent à l’autre avec le même appareil.


L’aviateur rentra définitivement dans la légende le 17 janvier 1933 quand il atterrit avec son équipage sur la piste de Buenos Aires après avoir quitté Paris cinq jours auparavant.

En effectuant 24 traversées de 1934 à 1936, Mermoz avait fait naître une liaison aérienne régulière entre l’Europe, l’Afrique et l’Amérique du Sud.

 


La 25ème traversée à bord de son hydravion « La Croix du Sud » lui fut fatale. C’est de Dakar que se fit le décollage. Quelques heures après parvint le dernier message :

« Coupons moteur arrière droit ». Jean Mermoz disparaissait le 7 décembre 1936, à 35 ans seulement, après 8 200 heures de vol.

 

 

 

L’ancienne piste de Ouakam toute proche de notre lycée garde la mémoire de nombreux décollages et atterrissages vécus dans l’anxiété et la ferveur. Elle fut au carrefour de cette épopée aéropostale qui relia trois continents. Celle-ci porte l’empreinte d’exploits légendaires accompagnés d’une cohorte d’innombrables échecs. Lorsqu’en 1930, Mermoz dut envisager de traverser l’Atlantique depuis Natal (Brésil), le décollage échoua à 52 reprises.

 

Qui n’aurait abandonné au bout de la 10ème, 20ème ou 30ème fois pour se résoudre à la fatalité de ce qui semblait impossible ? Saint-Exupéry eut le mot juste :

« C’est tout Mermoz, une volonté qui refuse de céder ».

 


Source d’informations :
« Icare, revue de l’aviation française », 1988

 

Mis à jour le 13/10/2014

 

"Ce sont les échecs les mieux surmontés qui donnent le droit de réussir."